Comment le Louvre réinvente son avenir :

placer les publics au cœur du musée, avec une ambition sociétale 

À l’occasion de museumCONNECTmusées, un événement dédié au partage des connaissances et au réseautage organisé par museumPASSmusées, Gautier Verbeke, directeur de la Médiation et du Développement des Publics au Musée du Louvre (et ancien directeur de la Médiation à Louvre-Lens) a présenté la stratégie de développement des publics de ce musée de renommée mondiale. Fort de son expérience au Louvre de Paris comme au Louvre-Lens, il a mis en lumière deux modèles muséaux complémentaires, ainsi que les défis auxquels sont confrontées aujourd’hui les grandes institutions culturelles. L’accent a été mis sur l’expérience de visite, l’accessibilité, le rôle sociétal des musées et les grandes orientations du Louvre pour les années à venir.


Louvre Paris et Louvre-Lens : deux modèles complémentaires

Louvre Paris

Le Louvre accueille environ 9 millions de visiteurs par an. Depuis 2022, la fréquentation est limitée à 30 000 visiteurs par jour, alors qu’avant la pandémie certains jours atteignaient jusqu’à 45 000 visiteurs

La fréquentation est composée à environ 70 % de visiteurs internationaux, dont 60 % découvrent le musée pour la première fois. Les groupes scolaires ne représentent que 5 % des visiteurs, soit moins de 500 000 élèves par an.

La durée moyenne de visite est de 2 h 30. Toutefois, une seule œuvre concentre une part considérable de l’attention : environ 80 % des visiteurs se rendent dans la Salle des États pour voir la Joconde. Le temps moyen d’observation n’y est que de 23 secondes, souvent dans des conditions peu satisfaisantes.

Depuis janvier, une nouvelle politique tarifaire est appliquée :

  • 22 € pour les visiteurs de l’Union européenne ;
  • 32 € pour les visiteurs hors Union européenne.

Cette augmentation tarifaire n’a pas eu d’impact notable sur la fréquentation des visiteurs internationaux. Avec environ 125 millions d’euros de recettes annuelles, la billetterie demeure la principale source de revenus du musée. 

Louvre-Lens

Le Louvre-Lens repose sur une logique très différente, centrée sur l’ancrage territorial et l’accessibilité.  Environ 70 % des visiteurs proviennent de la région, et le musée attire davantage de publics traditionnellement moins présents dans les institutions culturelles. 

La Galerie du Temps, accessible gratuitement, constitue un levier important pour démocratiser l’accès aux collections.  Grâce à des collaborations étroites avec les écoles, les associations et les habitants du quartier, le musée est perçu comme un lieu de rencontre pour la communauté plutôt que comme une attraction touristique.

Les défis liés aux flux de visiteurs

L’un des principaux défis du Louvre Paris reste la concentration des visiteurs autour de la Joconde.

Cette situation engendre :

  • une saturation de la Salle des États 
  • une expérience de visite dégradée
  • des difficultés pour les guides et les médiateurs 
  • une frustration croissante chez les visiteurs

Pour répondre à cette problématique, le musée prévoit une nouvelle présentation de la Joconde  dans le cadre du projet “Louvre Nouvelle Renaissance” . L’objectif est de créer un espace plus vaste et plus pédagogique, offrant de meilleures conditions d’observation, davantage de contextualisation de l’œuvre et une meilleure gestion des flux. 

L’orientation des visiteurs sous la pyramide constitue également un enjeu important. Beaucoup éprouvent des difficultés à s’orienter dès leur arrivée et à organiser efficacement leur parcours. 

Le projet “Louvre Nouvelle Renaissance”

Afin de préparer l’avenir, le Louvre déploie un ambitieux projet de transformation intitulé “Louvre Nouvelle Renaissance” .

Les principales mesures prévues sont :

  • la création d’un second accès via la Colonnade de Perrault 
  • une meilleure répartition des flux de visiteurs 
  • l’amélioration de l’accueil et de l’orientation 
  • la modernisation des équipements destinés au public 
  • le réaménagement de certains espaces d’exposition et de médiation

L’ouverture de cette nouvelle entrée est envisagée  début 2030.

De nouvelles formes de médiation

Gautier Verbeke a souligné que la médiation muséale va aujourd’hui, bien au-delà des visites guidées traditionnelles.

Le Louvre travaille notamment sur :

  • la refonte des outils de médiation salle par salle 
  • le développement des dispositifs numériques 
  • l’amélioration de l’accessibilité pour des publics diversifiés 
  • une attention accrue portée à la provenance des œuvres et à l’histoire coloniale 
  • l’actualisation permanente du récit muséal.

La Galerie des cinq continents  illustre cette évolution en proposant davantage d’informations sur l’origine, la circulation et le contexte des œuvres présentées. 

Le musée réfléchit également à renforcer la présence physique de médiateurs dans les salles, sous réserve de financements pouvant être obtenus grâce au mécénat.

Rôle éducatif et sociétal

Pour Gautier Verbeke, les musées ont aujourd’hui vocation non seulement à transmettre des connaissances, mais aussi à renforcer la cohésion sociale et à encourager l’esprit critique.

Le Louvre développe ainsi plusieurs programmes hors les murs, notamment :

  • des partenariats avec les collectivités locales 
  • des interventions dans les hôpitaux et les établissements pénitentiaires 
  • des projets menés avec des acteurs de la danse et de la culture
  • des formations destinées aux enseignants 
  • des programmes spécifiques pour les établissements scolaires

Parmi les projets majeurs figure le  “ Louvre des Savoirs “, qui ambitionne d’accueillir chaque année 900 000 élèves à partir de 2030. Cette initiative est directement liée à la création du second accès au musée. 

Principaux enseignements

Cette intervention a mis en évidence deux réalités complémentaires. 

  • Le Louvre Paris bénéficie d’un rayonnement international exceptionnel, mais doit faire face aux défis du sur tourisme, à la gestion des flux, à l’accessibilité et à la faible représentation des visiteurs locaux et nationaux.
  • Le Louvre-Lens, à l’inverse, démontre qu’un musée peut être profondément ancré dans son territoire et mobiliser activement de nouveaux publics.

Les deux institutions partagent toutefois une même ambition : faire du musée un acteur pleinement engagé dans la société, favorisant la transmission des savoirs, la rencontre et la participation citoyenne. 

Projets en cours et points d’attention

  • poursuivre le travail de communication autour de la provenance des collections 
  • concrétiser le projet Louvre Nouvelle Renaissance 
  • développer les programmes éducatifs avec l’objectif d’accueillir chaque élève au moins trois fois au cours de sa scolarité, afin de construire une relation durable avec les jeunes publics 
  • intégrer davantage de dispositifs de médiation numériques et inclusifs 
  • renforcer la présence des médiateurs dans les espaces d’exposition 
  • poursuivre les collaborations territoriales et les démarches participatives.

Conclusion

L’intervention de Gautier Verbeke a offert un aperçu inspirant de la manière dont le Louvre envisage son avenir. À Paris comme à Lens, le visiteur est placé au centre des préoccupations, mais dans des contextes très différents. 

Les enjeux liés au tourisme de masse, à l’accessibilité, à l’éducation et à la pertinence sociétale nécessitent une innovation constante. Plus qu’un lieu de conservation du patrimoine, il affirme son rôle d’acteur culturel engagé, au service du débat public, de la transmission des connaissances et du lien social. 

Pour les participants à museumCONNECTmusées, cette présentation a constitué un exemple inspirant, illustrant la manière dont un musée de renommée mondiale peut continuer à innover dans l’accueil et l’accompagnement de ses publics, tout en restant fidèle à sa mission de service de la société.